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Bangkok : bienvenue à plastique-land

Bangkok n’a pas de qualités architecturales (si ce n’est ses temples bien sur !), subie des embouteillages toute la journée, dégage une odeur de crasse et de pollution, et à cause de la forte présence d’humidité dans l’air, il y fait une chaleur pesante… Mais c’est sans compter sur ses déchets, et notamment, le plastique omniprésent et sur-consommé (et donc jeté).

Du fait de son climat particulier, le système de canalisation de la ville est un élément important en période de mousson. Pour y être allée à cette période, les pluies sont torrentielles et s’abattent avec puissance d’un instant à l’autre, si fort que les véhicules peuvent être bloqués en quelques instants tant les routes n’ont pas le temps d’absorber l’eau. Bref. Ces tuyaux, Bangkok doit les récurer car ils sont encombrés par les déchets plastiques et bloquent le système de drainage ! Emballages, bouteilles, barquette, sacs… Notamment engendrés par la cuisine de rue, qui fait partie intégrante du mode de vie thaïlandais.

Un thaïlandais utilise en moyenne 8 sacs plastiques jetables / jour (contre 80 / an pour un français) ! Au supermarché, des cuillères en plastiques sont données pour l’achat d’un yaourt, des distributeurs en libre service proposent sodas et cafés dans des gobelets jetables, une mini poche plastique avec un trou au milieu est donnée pour y mettre le gobelet, des sacs jetables sont distribués à l’entrée des centres commerciaux pour y mettre son parapluie, l’eau de coco est bue à même un sac plastique avec une paille… et j’en passe ! Avec la cuisine de rue, beaucoup de produits sont vendus en petites portions individuelles, sous emballage plastique. Les thaïlandais cuisinent peu à domicile alors chaque jours, ils descendent dans les rues et repartent avec leurs repas sur-emballés.

Bangkok

La capitale de 15 millions d’habitants produit 11.500 tonnes d’ordures et moins de 16% est recyclé, même si le tri artisanal par des chiffonniers est développé. Chaque jour, 2000 tonnes de déchets sont sortis des canaux qui parcourent la ville. Pendant la saison des pluie, les déchets sont plus nombreux car la ville est en aval du fleuve, et donc de nombreux sacs se coincent dans les structures de pompage. Du coup, Bangkok fait partie des pires élèves de la planète en terme de déchets rejetés en mer. L’ONG Ocean Conservancy affirme que cinq pays sont responsables de 60% des déchets plastiques présents dans les océans: la Chine, l’Indonésie, les Philippines, le Vietnam et la Thaïlande.

Le phénomène est si grave qu’il y a plusieurs mois, un énorme amas de déchets plastiques flottait au large des côtes sud de la Thaïlande, à 300km de Bangkok. Cette décharge flottante, qualifiée d »ile poubelle », mesure un kilomètre de long et pèse une centaine de tonnes. Lors d’inondations, fréquentes avec la mousson, les eaux se sont écoulées vers le golfe de Thaïlande, elles ont emporté des dizaines de tonnes de déchets plastiques coincés dans les voies de drainage. Il faut ajouter que souvent les décharges en Thaïlande sont placées près des canaux ou des fleuves, ce qui facilite évidemment l’évacuation vers la mer. Certains animaux marins, notamment les dauphins et les tortues de mer, peuvent mourir en avalant ces sachets plastiques qu’ils prennent pour des méduses. Les détritus plastiques peuvent aussi étouffer les coraux. Les déchets que l’on peut voir flotter à la surface ne représentent que 5 % du total de la masse des détritus. Le reste se trouve sous le niveau de la mer.

Les initiatives lancées par le gouvernement sont faibles tant c’est toute une éducation / sensibilisation qu’il faut effectuer auprès des thaïlandais, qui consomment toujours plus de plastique. Il est nécessaire que des mesures fortes soient prisent pour inciter les habitants à changer leurs modes de vie, en faisant d’abord preuve de pédagogie. Car pour les thaïlandais, cette question ne se pose pas du tout dans leur quotidien ! Lors de mes achats, je refusais le sac plastique, montrant que j’avais un sac à dos, et mes interlocuteurs ne comprenaient pas pourquoi je m’embêtais à tout faire rentrer dedans quand je pouvais prendre un sac plastique ! Ils pensent à l’envers, le chemin est long… Les thaïlandais jettent impunément et n’importe où tout ce dont ils ont besoin de se débarrasser : sur les trottoirs, sur les routes, dans la mer… (il n’y a pas de poubelles dans les rues de Bangkok). Et l’environnement est bien la dernière de leurs préoccupations. Cela ne changera pas tant qu’il n’y aura pas de véritable incitation au tri sélectif des déchets. Il  faut comme dans certains pays, interdire complétement la distribution de sacs plastiques jetables (ex : le Kenya vient de prendre la décision d’interdire les sacs en plastique, sous peine d’amende) et inciter les thaïlandais à descendre dans la rue avec leur contenant afin d’y mettre la nourriture. Le vrac est présent partout ! Il n’y a qu’à faire évoluer les mentalités sur la question d’utiliser un emballage durable et non jetable.

Pourtant, la filière du recyclage n’a pas attendu le gouvernement, pas prompt pour agir, pour commencer à s’activer. Le travail des chiffonniers, qui parcourent les rues avec leur chariot, était considéré comme sale et dévalorisant. Mais aujourd’hui, ils participent à une action environnementale globale en récoltant tous les matériaux qui peuvent être réutilisés. Cartons, bouteilles en plastique, boîtes de conserve, etc, sont ensuite vendus à un négociant, puis des usines de traitement. Les chiffonniers sont de plus en plus nombreux tant il y a du travail et de la demande. Idem pour les négociants, les usines qui traitent, celles qui transforment… Les déchets sont un facteur de développement économique pour la Thaïlande. Les déchets aideraient aussi à sortir de la pauvreté (ou au moins, à aider les plus pauvres à subvenir à leurs besoins) : à Bangkok, un groupe de coopératives permet d’échanger les ordures (ensuite vendues à des usines de recyclage) contre des biens de première nécessité (produits alimentaires et d’hygiène…).

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